Indie Game : The Movie

Après la news consacrée à la sortie d’Indie Game : The Movie sur Netflix et sa baisse de prix, voici venu le temps de la critique… Phil Fish, prends garde à toi !

Allez, autant le dire tout de suite : Indie Game : The Movie n’est pas si mal que ça. Et aussi : oui, l’esthétique bo-bo/hipster/Instagram-esque au Canon 5D est assez relou, de même que la musique. Oui, Phil Fish est probablement le moins sympathique des quatre développeurs interviewés, mais il a ses raisons. Et oui, j’ai craché sur ce film sans l’avoir vu avec un peu de mauvaise foi, mais j’ai mes raisons.

Un des points importants à noter est qu’il s’adresse autant aux néophytes qu’aux joueurs curieux de voir ce qui se cache derrière leur jeu préféré : le film rétablit par exemple que Super Meat Boy n’est pas uniquement le bébé d’Edmund McMillen, mais aussi de son programmeur et donc co-créateur Tommy Refenes, un détail que la presse spécialisée semble toujours occulter. Et quand on voit le calvaire de ce pauvre Tommy – de loin le plus touchant des interviewés – ce n’est que justice.

Le film suit les développements de Super Meat Boy du duo McMillen/Refenes et de FEZ du déjà controversé Phil Fish. En guise de bonus, Jonathan Blow, créateur de Braid (le premier gros succès indé), nous fait part de sa vision sur la notion d’indépendant dans le jeu-vidéo. Des intermèdes toujours passionnants car Blow, a contrario des autres zigotos, est d’une nature réfléchie et sa réflexion sur le sujet a été longuement mûrie, n’étant pas le fruit d’une réaction à chaud dans le stress du développement.

Pour autant, ce que les trois autres ont à dire n’est pas inintéressant non plus : leurs discours sont même cohérents au final, tous revendiquant la création de jeux comme l’extension d’eux-mêmes, s’inscrivant ainsi dans une démarche d’artiste car utilisant ce medium comme moyen d’expression, de communication avec les autres. Par des moyens détournés (en s’intéressant aux développeurs plutôt qu’aux jeux), le film donne ainsi la preuve que le jeu-vidéo peut aussi être une forme d’art, cette orientation dépendant avant tout de la personne derrière le jeu : par leurs faiblesses, par leur implication totale, par leur choix de développer seuls leur jeu, ils s’assurent un contrôle sur ce qu’ils veulent transmettre au joueur, non pas en termes de sensations de jeu (pas uniquement) mais aussi en termes de ressenti strictement émotionnel. McMillen explique que, par ses productions, il cherche constamment à se rapprocher de sa jeunesse, de rappeler des souvenirs, des émotions de cette époque : de se connecter avec une partie de lui qui n’existe plus.

Le film possède un excellent sens du rythme et gère très bien un suspense légèrement éventé quand on s’intéresse au jeu indé : on sait par exemple très bien que Super Meat Boy est le jeu indé qui s’est le mieux vendu, avec Minecraft, dans l’histoire des indés. Néanmoins, par le portrait sensible de ses auteurs, on s’attache et s’identifie  à eux comme on le ferait dans une fiction. Ce qui, pour un documentaire sur des gens qui se plaignent, est un putain de compliment.

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