TOP 2012 – Cinéma

Rétrospectivement, 2012 a été une année plus faible que les autres en coups de cœur au cinéma, si bien qu’il m’a été très difficile de faire ce classement (d’où les nombreux ex-aequo) : si les premières places du Top correspondent évidemment aux films que j’ai le plus apprécié en 2012 ; les années précédentes, ces mêmes places furent bien plus évidentes à attribuer (Scott PilgrimThe Woman, Le Quattro VolteValhalla Rising…). Trèves de blabla et place au Top 12 !

cogan

12. Cogan – Killing Them Softly d’Andrew Dominik,
On parle beaucoup dans Cogan, plus qu’on ne se tue, et c’est là sa grande force : des dialogues qui révèlent le mal être profond d’une Amérique au bord de l’anarchie à la fin de l’ère Bush Jr. (par ailleurs, l’arrivée d’Obama ne sera pas montrée comme un sauvetage :  pas d’espoir dans Cogan). Des mafieux misérables, décadents, cyniques, dépressifs, victimisés (Ray Liotta s’en prend plein la gueule) et surtout, une mécanique narrative à la froideur typique d’un polar des seventies.

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martha

11. Martha Marcy May Marlene de Sean Durkin,
Difficile de résumer un film comme Martha… tant ce dernier repose sur une succession d’ellipses, de non-dits et une ambiance planante, quasi-évanescente. Un film étrange et oppressant, sur le pouvoir de l’esprit, la schizophrénie et le mal-être adolescent. Elizabeth Olsen (oui, la sœur des jumelles reloues) est l’une des révélations de 2012.

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magic mike

10. Magic Mike de Steven Soderbergh,
J’y suis allé à reculons, après la débacle de Contagion (2011) et la déception de Piégée, mais finalement, ce Magic Mike est probablement l’un des meilleurs Soderbergh depuis Traffic. Laissez vos a priori au vestiaire, Magic Mike vous le rendra. Suprenant.

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adieu berthe

9. Adieu Berthe ou l’enterrement de Mémé de Bruno Podalydès,
L’un des seuls films français vu cette année (je ne rate aucun Podalydès) et c’est une fois de plus une réussite. Touchant, drôle, extrêmement bien écrit et interprété (c’est suffisamment rare dans une comédie française actuelle pour être noté), Adieu Berthe – malgré son sujet plombant – est léger et profond, à mi-chemin entre Jacques Tati et Woody Allen.

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bellflower

8. Bellflower d’Evan Glodell,
Une love-story pré-apocalyptique, voilà comment on pourrait résumer Bellflower. Un mec, une fille, un monde qui s’apprête à exploser à tout moment et une histoire vouée à finir très très mal. C’est superbement mis en image, le budget riquiqui (5 000$ !) ne se sent même pas et l’ambiance Mad Max a une classe folle. Un bémol cependant : sans ses cinq dernières minutes, Bellflower aurait pu faire partie du trio de tête de ce top.

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avengers

7. Avengers de Joss Whedon,
J’ai longtemps craint une grosse bouse bien navrante qui signerait l’arrêt de mort des superhero-movie mais Wheddon l’a fait : Avengers est le blockbuster parfait, le cross-over ultime. Bon courage pour passer après un truc aussi épique, drôle et foutrement bien rythmé.

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god bless killer joe

6. God Bless America de Bobcat Goldthwait / Killer Joe de William Friedkin,
Deux films (trois avec Cogan) sur une Amérique déliquescente, où les valeurs morales se retrouvent subitement inversées et où tuer devient la norme – pire, cela devient le moyen de s’échapper. Ton rigolard pour God…, cynique pour Killer Joe, les deux films se rejoignent dans un jusqu’au boutisme à la fois réjouissant et complètement glaçant. La scène des « chicken wings » de Killer Joe (ainsi que sa séquence finale totalement barbare) va en traumatiser plus d’un. Matthew McConaughey fait un come-back monstrueux et Joel Murray, alors cantonné à des seconds rôles parfois ingrats, prouve qu’il est au moins aussi talentueux que son frère Bill.

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twixt

5. Twixt de Francis Ford Coppola,
Coppola exorcise ses démons (la mort de son fils) et putain, qu’est-ce que c’est beau ! L’usage d’une caméra numérique donne à chaque image une teinte étrange, irréelle et l’histoire suit la logique (ou l’absence de logique) d’un rêve : on passe d’une forêt où les étoiles semblent prêtes à tomber à un hôtel lynchien en diable où le temps s’est arrêté, d’un tueur d’enfants à des vampires immortels, de Lovecraft à Edgar Poe… Coppola n’a plus beaucoup de budget pour ses films et on dirait que ça lui réussit plutôt bien (Tetro, L’Homme sans âge).

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territoire raid

4. The Raid de Gareth Evans Le Territoire des loups de Joe Carnahan,
Deux films vendus de la même façon – des actioners bourrins – alors qu’ils sont diamétralement opposés : The Raid est la démo technique des capacités physiques de Iko Uwais, son interprète principal (le mot est grand tant l’histoire passe au douzième plan) qui en remontre à tous les ersatz de Bruce Lee révélés dernièrement. Brutal, décérébré et complètement honnête dans sa démarche (un commando nettoie un à un les étages d’un immeuble occupé par la pègre et… c’est tout), The Raid ne pète pas plus haut que son cul, contrairement au Piégée de Steven Soderbergh. Quant au Territoire…, ce n’est pas le film de baston contre des canidés que nous promet la bande-annonce : les loups ne sont qu’un prétexte (ils n’apparaissent que dans deux ou trois scènes du film) à une réflexion très juste sur l’acceptation de la mort, le rôle du groupe dans une société et l’aspect vain du combat de l’Homme contre la Nature. Les décors sont magnifiques, les acteurs au diapason et les personnages tous attachants. L’absence de femmes dans le casting et le côté « musclé » de la bande-annonce pourrait faire craindre un machisme alors qu’il n’en est rien : les personnages ne sont que des Hommes (sans connotation sexuelle) se battant pour leur survie dans une nature hostile.

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moonrise sauvage

3. Moonrise Kingdom de Wes Anderson / Les Bêtes du Sud sauvage de Benh Zeitlin,
Deux films sur l’enfance, deux approches complètement différentes : nostalgie surannée et ambiance seventies pour Wes Anderson; réalisme cru et climat de fin du monde chez Zeitlin. Pour autant, les deux sont aussi touchants et justes l’un que l’autre bien qu’un aspect mélo légèrement tire-larmes chez Les Bêtes… fasse pencher la balance en faveur de la folie douce-amère caractéristique des films d’Anderson. Un premier film réussi qui augure du très bon pour Zeitlin et un nouveau petit chef-d’œuvre, après La Vie Aquatique et Fantastic Mr. Fox, pour le grand Wes.

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cain bizarre2. La Cabane dans les bois de Drew Goddard / The Theater Bizarre de Jeremy Kasten, Richard Stanley, Buddy Giovinazzo, Douglas Buck, Tom Savini, Karim Hussain et David Gregory,
Evidemment, je ne pouvais pas faire mon Top sans mettre en bonne place un ou deux films d’horreur de l’année. La Cabane… est sans conteste LE film d’horreur de 2012 : malin et avec un bon scénario (chose rare dans le slasher), il se paie le luxe d’un humour ravageur (avec le grand Richard Jenkins) et d’une ambition démesurée malgré son budget des plus modestes. A voir et à revoir et à revoir… Quant à l’omnibus Theater Bizarre, il est forcément très inégal : l’excellent côtoie l’indigeste mais le meilleur l’emporte au final. Dans les sketches à retenir : le fil rouge par Jeremy Kasten, qui maintient les courts-métrages entre eux, est plutôt réussi dans le style « grand guignol »; celui de Richard Stanley – se déroulant dans les Pyrénées et se basant sur une légende de crapauds-garous – est rigolo bien qu’un peu crade; le Tom Savini avec son esthétique de film de cul du samedi soir bénéficie du savoir-faire de son auteur dans les effets-spéciaux très gores; and last but not least, le meilleur segment est sans aucun doute The Accident de Douglas Buck : une route, une voiture, une moto, un cerf. Sans un mot ou presque, le film nous conte l’histoire extrêmement simple de la fin de l’innocence d’une petite fille, confrontée à la mort brutale de l’animal. Poignant.

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cosmopoly

1. Cosmopolis de David Cronenberg / Holy Motors de Leos Carax,
Quand un film répond à la question d’un autre, c’est plutôt magique. Quand ces films sortent à quelques semaines d’écart (après être revenus bredouilles du grand raout cannois), c’est encore plus magique. La question ? Dans Cosmopolis, l’endive neurasthénique… ahem, Robert Pattinson se demande où va sa limousine, le soir, quand il rentre chez lui. La réponse, chez Carax : dans un garage nommé Holy Motors où les véhicules blablatent un peu avant de faire un gros dodo. Ma-gique. 

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non topLes-pas-dans-le-top-mais-pas-parce-qu’ils-ne-sont-pas-top :
The Artist de Michel Hazanavicius (« Quel nom compliqué. » – Hubert Bonisseur de La Bath), Des hommes sans loi de John Hillcoat (pour une fois, Shia LaBoeuf ne vous donne pas envie de lui coller une tarte à chaque réplique), 2 Days in New-York de Julie Delpy, La Part des anges de Ken Loach, La Taupe de Tomas Alfredson, Skyfall de Sam Mendes (troisième acte superbe), To Rome With Love de Woody Allen (un Allen mineur mais bien plus profond que ce que les critiques négatives peuvent laisser penser)Le Hobbit – Un voyage inattendu de Peter Jackson.

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Le plaisir coupable de 2012 : Expendables II de Simon West,
Le premier Expendables était le number one de mon Flop 2010, le second se rattrape de justesse grâce à un second degré des plus salutaire. Pour ce qui est du reste (l’intrigue, les personnages, le jeu d’acteurs…) : rien à sauver. L’anecdote du serpent, racontée par Dieu Chuck Norris, est à se pisser dessus. For you, Chuck.

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Oui, bon, OK, ce n’est pas vraiment un Top 12. Mais comme cette année a été intéressante par les liens étroits qui unissent certains films sortis (parfois en même temps), il aurait été dommage de mettre en avant une péloche plutôt qu’une autre. Et pis le Top 17 de 2012, ça a carrément moins de gueule que le Top 12 de 2012, nan ?

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Bonus : les Pas-vu-mais-peut-être-qu’on-aurait-du (ou pas) :

Saya Zamuraï de Matsumoto Hitoshi, Amour de Michael Haneke, Augustine d’Alice Winocour, Sinister de Scott Derrickson, César doit mourir des frères Taviani, Les Invisibles de Sébastien Lifschitz, Dans la maison de François Ozon, L’Hypothèse du Mokélé M’Bembé de Marie Voignier, Frankenweenie de Tim Burton, Camille redouble de Noémie Lvovsky, Tucker & Dale fightent le mal d’Eli Craig, Go-go Tales d’Abel Ferrara, La Dame en noir (1) de James Watkins, La Vie sans principes de Johnnie To, Into the Abyss de Werner Herzog, The We and the I de Michel Gondry, L’Étrange pouvoir de Norman de Sam Fell et Chris Butler, Les Enfants-loups, Ame & Yuki de Hosoda Mamoru. Et beaucoup d’autres… dont les évidents navets BattleshipBlanche-Neige (de Tarsem Singh), Abraham Lincoln – Vampire Hunter qui ne méritent pas qu’on s’y attarde plus longtemps.

(1) Je l’ai vu après avoir réalisé ce Top et l’avoir oublié dans cette catégorie : du coup, je lui file une mention spéciale. Potter-Radcliffe est très bon (il faut quelques minutes pour s’habituer à ne pas le voir sortir sa baguette à tout bout de champ) et le film flippant bien comme il faut. James Watkins (le traumatisant Eden Lake) confirme qu’il est l’un des réal’ d’horreur les plus talentueux à ce jour. L’ambiance victorienne fonctionne à plein, le manoir et la lande sont superbes et la conclusion refuse le happy-ending conventionnel. Du tout bon.

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2 réflexions au sujet de « TOP 2012 – Cinéma »

  1. Décidément… les gouts et les couleurs c’est fou ^^ Déjà je t’en veux d’avoir mis l’excellent Dark Knight Rises dans les BOF, mais alors la… The Raid et Cosmopolis…. Le premier c’est quand même dingue de laisser passer à ce film tout ce que tu ne laisse pas passer a TDKR sous pretexte que l’acteur principal sait faire le grand écart… Autant je suis fan des films de KungFu, autant la j’ai eu l’impression qu’on se foutais un peu de moi.
    Je veux bien laisser passer un combat qui dure un peu longtemps mais la le combat final est juste ridicule… les mecs se prennent des coups qui assommerait un éléphant pendant plus de 20min, y’a un moment, même moi je fatigue.
    Et puis Cosmopolis j’ai eu du mal a me retenir de pioncer donc bon :p (et j’étais pas fatigué ^^)
    Sinon j’ai vu que Avengers et La cabane dans ton top et je suis complètement d’accord 🙂
    Même si encore une fois TDKR comparé a Avengers… T’as vraiment une dent contre Nolan on dirait :p

    • Pour The Raid, perso j’ai pris mon pied comme rarement dans un film d’action dernièrement (les réactions outrées des spectateurs ont aidé, probablement) et le côté over-the-top n’est pas dérangeant dans la mesure où c’est avant tout une démo de combat : évidemment, rien de « réaliste » là encore mais c’est un peu comme regarder un tournoi d’arts-martiaux. En tant que série B assumée, le film n’a vraiment pas de prétention scénaristique : vu comment sont expédiées l’intro et la conclusion, on voit bien qu’Evans n’avait aucune envie de raconter un histoire. Il voulait se faire un petit trip de cascadeurs en les mettant sur le devant de la scène (donc, ouais, ils sont tous assez mauvais dans l’acting). Du coup, c’est un film plutôt honnête qui n’essaie pas de te faire de l’esbroufe avec une intrigue alambiquée et incohérente – comme c’est le cas avec The Dark Knight – et pour ça, je le trouve attachant. En plus, niveau mise-en-scène de baston, c’est carrément stylé et bien brutal – Piégée paraît un peu mou du genou à côté.

      Et non, je n’ai rien contre Nolan 😀 : j’ai même adoré Inception, qui faisait partie de mon Top 2010. Mais en fait, je crois que je n’aime pas Batman : mise à part la série animée (ce générique !), je n’aime vraiment aucun des films (pas ceux de Schumacher, évidemment, et les Burton, encore moins !). Je suis plus Marvel que DC, finalement (Wolverine for ever ! – pas le film, hein).

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