Le Retour des morts-vivants

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Les zombies et moi, ça a toujours été une grande histoire d’amour. Et pourtant, j’ai réussi à passer à côté d’un classique du genre : Return of the Living Dead ! Maintenant que le tort est réparé, laissez-moi vous redonner l’envie de replonger dans le monde merveilleux des pas-tout-à-fait-morts.

Avis aux âmes sensibles : les illustrations sont plutôt… graphiques.

Réalisé par Dan O’Bannon en 1985, ce Retour des morts-vivants est à ne pas confondre avec un autre film du même titre d’Amando de Ossorio, sorti en 1973, El ataque de los muertos sin ojos. En réalité, le film d’O’Bannon a plus à voir avec la série des …of the Dead de George A. Romero que ce nanar espagnol. En effet, les deux films ont en commun la présence au générique d’un certain John Russo : co-scénariste/acteur/co-producteur de La Nuit des morts-vivants (1968), producteur de ce Return… et surtout détenteur officiel de la licence « …of the Living-Dead ».

Quelques explications pour éclaircir ce point : d’obscurs déboires juridiques ont privé Romero de la paternité de son premier film (La Nuit… se trouve aujourd’hui dans le domaine public) et tout ce qui lui est associé, dont le titre. Un de ses ex-collaborateurs sur le film, John Russo donc, a fait des pieds et des mains pour récupérer les droits d’utilisation des termes « …of the Living-Dead », non pas pour son ami Romero, mais pour son petit profit perso, La Nuit des morts-vivants étant l’un des films les plus rentables de l’histoire du cinéma. C’est pourquoi les films de zombies de Romero postérieurs à La Nuit… se nomment « …of the Dead » et non « …of the Living Dead ». Pour autant, en France, ce petit détail légal n’a pas empêché Day of the Dead (1985) de s’appeler Le Jour des morts-vivants.

De son côté, Russo a capitalisé sur la prestigieuse appellation pour écrire quantité de nouvelles et romans issus de cet univers, dans le but avoué de les adapter au cinéma : ainsi, le film de Dan O’Bannon est une adaptation du roman éponyme de Russo. De même, ce fieffé connard de Russo a réussi à mettre en place non pas un mais deux remakes du film original de Romero ! Pour le premier, réalisé par Tom Savini (grand magicien des effets-spéciaux gore, ami et collaborateur de Romero, il incarnait le sémillant Sex-machine dans Une Nuit en Enfer), il  a obtenu le concours de Romero himself au scénario et à la production : Big George ne s’y est risqué que sur demande de Savini, car ce dernier, soucieux de respecter l’œuvre originale et véritable ami de Romero, souhaitait lui redonner – de manière symbolique – la légitimité qui aurait du lui revenir de droit sur ce film. Au passage, ce premier remake est un excellent film, supérieur en de nombreux points au film séminal de Romero (notamment concernant l’héroïne principale et la misogynie avérée du long-métrage). Bref, ce petit détour pour vous expliquer la nature très opportuniste d’un film comme Le Retour des morts-vivants, sorti quelques semaines avant Le Jour des morts-vivants, une réalité qui ne pouvait que susciter une grande méfiance dans cette entreprise. Et pourtant.

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Et pourtant car le simple nom de Dan O’Bannon pourrait suffire à renverser la vapeur : c’est le mec qui a écrit le Alien de Ridley Scott et qui écrira le Total Recall de Paul Verhoeven, quand même ! Mais ce n’est pas parce qu’un artisan de bonne réputation est associé à un projet que ce dernier sera forcément bon (prenez les derniers Scorsese, par exemple).

Return of the living dead est un excellent film car il a su s’inspirer de Romero et s’en détacher afin de ne pas ressembler à un vulgaire plagiat made in John Russo : le film d’O’Bannon prend le parti de la parodie et tourne en dérision la mode « zombiesque » qui s’est emparée du cinéma de genre à l’époque. Si on en retrouve tous les clichés – une intrigue minimale, un gore outrancier, un zeste d’érotisme gratuit (Linnea Quigley dans le cimetière)… – le film les renverse constamment et prend le spectateur à contre-pied : déjà, le ton mi-rigolard mi-sérieux donne à chaque scène une saveur particulière, inédite pour le genre (Shaun of the Dead est encore loin), mais aussi parce que O’Bannon prend son temps. Si, dans le film de zombies moyen, on expédie la scène d’exposition pour entrer dans le vif du sujet – l’invasion zombie et l’équarrissage en règle du casting – Return… se paie le luxe de présenter ses personnages et son univers sur une grosse moitié de film : les zombies n’apparaissant réellement que dans le dernier acte.

Cette durée permet à O’Bannon – dont c’est le premier et unique film en tant que réalisateur – de développer des personnages et un background très fouillé. Une bonne partie des personnages est une bande de marginaux, de punks limite SDF pour qui la notion de travail est complètement hors de propos. D’aucun dirait « une belle bande de branleurs » : oui, mais pas que. L’un des leurs a trouvé un travail dans un entrepôt de matériaux médicaux (prothèses, squelettes et… cadavres tout frais) et ses amis viennent le récupérer à la sortie de son premier jour de boulot. Dis comme cela, ça à l’air très con, voire complètement cucul, mais les sous-entendus sur l’addiction aux drogues de certains et l’aspect furieux du couple Trash/Suicide changent réellement la donne : le groupe apparaît comme un échantillon d’êtres en rébellion contre la société, de révolutionnaires qui se découvrent un rôle dans le chaos des évènements. En fait, une lutte entre conformisme et anti-conformisme agitera l’ensemble du film et se résoudra dans un final où aucun des camps ne gagnera… ni ne perdra. Anecdote amusante : la fin du film préfigure étrangement le sort de la ville de Racoon City dans la série des Resident Evil

Ce qui rend Return… unique est son traitement des zombies et de la mort : ainsi, l’un des personnages est un « croque-mort », un thanatopracteur pour être poli, qui sera la caution « scientifique » du long-métrage. A l’inverse de Romero, qui avait choisi de ne pas donner la cause de l’invasion, O’Bannon prend le postulat inverse et va même plus loin : d’après l’un des personnages, le film de Romero serait inspiré de faits-réels, des morts s’étant relevés sous l’effet d’un gaz mis au point par l’armée, et il se trouve que les barils contenant le gaz (et des macchabées infectés) se trouvent dans l’entrepôt médical qui sert de décor au film. Et à partir de là, O’Bannon va mettre au point une mécanique à la logique imparable : quand le gaz s’échappe accidentellement d’un des barils, deux personnages sont exposés directement et se transformeront tout au long du film, mais l’entrepôt étant constamment ventilé, le gaz réanime au passage une partie du matériel médical provenant d’organismes vivants (le chien coupé en deux)… dont le cadavre humain gentiment pendu dans la chambre froide. Ce n’est que lorsque ce dernier sera brûlé dans le crématorium d’à-côté que l’invasion commencera vraiment : dans ce film, mettre une balle dans la tête des zombies ne sert à rien, il faut complètement détruire le corps réanimé ou l’entraver – à l’image des barils contenant des morts-pas-morts blindés de gaz toxique – pour s’en débarrasser. Manque de bol pour les héros, la fumée, saturée de la molécule « zombificatrice » et qui s’échappe du four, se répand dans l’atmosphère et plus précisément dans le nuage qui stationnait au-dessus de la ville. Evidemment, la pluie se met à tomber et le cimetière voisin, soudainement surpeuplé de macchabées affamés, n’a plus le charme gothique de ses premiers instants. Une utilisation plutôt maline de la météo, rarement mise à profit dans les films de zombies. Toutefois, Dan O’Bannon va développer encore plus cette logique « réaliste » avec une réinvention du zombie façon Romero.

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Depuis le temps, on commence à connaître la rengaine : la morsure du zombie vous transforme en l’un d’eux, une balle dans la tête et on en parle plus, etc. Comme le vampire et le loup-garou, le zombie a des codes très précis. Mais ça, O’Bannon s’en cogne car il a une idée très précise de ce que doit être un zombie : il le veut « thanatautiquement » correct. La base, c’est la démarche : raide, sans coordination, avec un équilibre tout en déséquilibre. Pour Romero, c’est parce qu’ils sont morts, point. O’Bannon, lui, nous explique précisément le pourquoi du comment de ce phénomène : la rigor mortis. Un cadavre, faute de cœur pompant le sang, se rigidifie, les articulations n’articulent plus grand chose et les muscles durcissent, d’où la démarche de pantin. Même si ce point est compréhensible par tous sans explications, O’Bannon prend le temps de le montrer grâce aux deux personnages infectés, continuant dans sa volonté de « réalisme » : ces pauvres hères, mourant à petit feu, ne peuvent plus bouger et pourtant, ils se tordent de douleur tant leur corps les fait souffrir. Le croque-mort pige de suite ce qui leur arrive et le prouve : un amas de sang se crée dans les parties du corps qui sont en contact avec le sol, les murs… Bref, tout ce qui ne remue plus se retrouve englué de sang, ce qui cause une douleur atroce chez les deux personnages. L’effet spécial est d’ailleurs saisissant de réalisme, à l’inverse de certains passages gores montrant les limites du budget.

L’autre idée géniale du film concerne directement la « condition » des zombies : contrairement à la plupart des autres films, les zombies de O’Bannon sont plus malins que la moyenne et surtout, ils parlent ! Pas de longues tirades shakespeariennes, mais suffisamment pour en apprendre un peu plus sur ce que ça fait d’être mort. Et la surprise est de taille quand une vieille goule (image ci-dessus) est capturée pour être interrogée : la mort est douloureuse, une souffrance continue qui ne peut être apaisée qu’en dévorant les cerveaux d’êtres vivants. Les zombies trouvent dans ce détail véritablement tragique un statut de victimes, devenant presque touchants une fois qu’on écarte leur faim insatiable de matière grise. Ainsi, certains morts du films hurlent férocement de douleur, conférant un côté choquant à chacune de leurs apparitions. Cet aspect sérieux, limite plombant, est heureusement contrebalancé par des scènes hilarantes où les zombies demandent des renforts de police après avoir attaqué une voiture de patrouille ou d’autres cerveaux ambulanciers, venus à l’origine sur requête des personnages, ces derniers étant pris au piège dans le funérarium.

Le thème de la douleur des morts sera développé dans le troisième volet (et tout aussi excellent) de la série, réalisé par Brian Yuzna : abandonnant la parodie – quoique – le film nous raconte comment une jeune fille, fraîchement réanimée par l’agent « zombifiant », se scarifie et se mutile pour apaiser la Faim et ainsi éviter de croquer le cerveau de son brillant petit-ami responsable de son trépas et de sa résurrection.

Pour sa grande honnêteté dans son déroulement (O’Bannon ne nous prend pas pour des jambons et les personnages sont moins couillons qu’au premier abord), je vous conseille vivement la vision de ce Return of the Living-Dead, ainsi que le troisième volet. Vous pouvez zapper le numéro deux sans peine : énorme bouse capitalisant sur la franchise et la mode des « enfants-héros » des années 90, le film a l’audace de reprendre certains acteurs du premier volet (les deux infectés) pour leur faire jouer les mêmes rôles, à quelques différences près. Et il n’est absolument pas drôle. Idem pour les DTV 4 et 5, purs produits mercantiles. Petit chef d’œuvre aujourd’hui oublié, le film d’O’Bannon mérite d’être redécouvert, ne serait-ce que pour voir l’origine du cri du zombie, le fameux « Braaains », un cri pourtant jamais entendu chez Romero…

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