L’Étrange Festival 2013 – XIXème édition

etrange

Comme chaque année, l’Étrange Festival a occupé le très policé Forum des Images, avec son cortège de films chelous, violents et parfois un brin dégueulasse. Passage en revue des quelques œuvres visionnées en compagnie d’un public plus vivant et chahuteur qu’à l’accoutumée…

La sélection officielle comprenait 20 films allant de la série B solide (The Station) au trip arty un peu branlette (English Revolution – A Field in England). Il y en avait pour tous les goûts. On pouvait noter également une forte tendance « cannibale »  dans la sélection (compète et hors-compète) : en effet, pas moins de cinq longs abordaient ce thème, de façon plus ou moins détournée – zombies, restaurants de viande humaine, pratiques païennes… Par ordre de visionnage :

– English Revolution – A Field in England de Ben Wheatley :

Pendant l’insurrection de Cromwell contre la couronne d’Angleterre, un groupe de déserteurs tombe sous la coupe d’un alchimiste à la recherche d’un trésor enfoui dans le champ où ils ont trouvé refuge…

Le marketing désastreux de Wild Side frappe une fois de plus en nous gratifiant d’un titre bien plus racoleur, donc vendeur, et hors de propos comparé à la VO (après Le Guerrier des Ténèbres à la place du pourtant très cool Valhalla Rising) pour un film qui n’est en rien un film d’aventure/action/historique classique, comme le laisse penser cette traduction. La dimension poétique du titre original était parfaitement adaptée au ton général du film, porté sur l’expérimentation. D’autant que l’aspect « révolution anglaise » n’est finalement qu’un prétexte, une toile de fond sous-exploitée par l’intrigue qui se concentre sur la recherche d’un trésor mystique par un alchimiste (Michael Smiley) et les hallus des autres personnages ayant ingéré des champignons psychotropes. Dommage que cette histoire ne vole guère plus haut, ne développant aucun discours sur le monde païen et ses croyances, univers pourtant au cœur du film. Le film se vautre malheureusement dans une esthétique arty un poil branlette – Noir et Blanc pour l’image et passages « compositions picturales » où les personnages prennent la pose comme dans un tableau – qui fait basculer le film dans un ennui mortel et une prétention aussi dérangeante que déplacée.

– We are what we are de Jim Mickle :

Les Parker sont une famille unie mais réservée, le père s’occupant d’un ensemble de caravanes locatives dans une petite ville des États-Unis. A la mort de la mère, l’ordre familial est remis en question et l’aînée des filles doit perpétuer des traditions familiales innommables…

Comme le film ménage un twist en milieu de projection, contrairement, il me semble, à l’original mexicain Somos los que hay, je ne développerai pas l’histoire au-delà de ses prémisses. N’ayant pas non plus vu le film dont il s’inspire, je ne serai pas en mesure de les comparer. Dans cette version US, Jim Mickle et son co-scénariste habituel Nick Damici tricotent une chronique familiale d’un genre un peu particulier (dur-dur de résister à la tentation de spoiler !) qui va peu à peu s’effondrer sur elle-même après le décès inattendu de la mère. Le couple Mickle/Damici réussit assez admirablement à rendre des personnages de prime abord un chouïa cliché, très attachants et complexes – le père autoritaire, les filles blondes virginales – en renversant les liens qui unissent habituellement ce type de personnages : les deux filles se révèlent nettement plus vindicatives et transgressives que leur comportement soumis laisse penser, de même que le père, très affecté par la perte de sa femme, laisse apparaître des faiblesses et abandonne rapidement son rôle de patriarche inflexible. We are… est un film qui fait la part belle à ses personnages et à la Nature (ce qui ne sera pas du goût de tout le monde) et qui prend son temps pour les développer, sans précipiter un rythme plutôt lent et contemplatif (idem). Le film de Mickle évite très justement de basculer dans le côté sordide ou racoleur de son sujet, en privilégiant les personnages et leurs tourments. Le climat prend également une place très importante dans la narration : le film se déroule avant et pendant un violent orage qui s’abat sur une petite ville américaine un rien paumée, l’intensité de la tempête culminant très classiquement avec le climax du film. Au casting, on retrouve l’impeccable Michael Parks (le shérif dans Kill Bill) dans un second rôle inhabituel puisque il joue un… gentil ! Un des meilleurs films de la sélection, malheureusement reparti bredouille (ou broucouille, comme on dit dans le Bouchonois) qui devrait sortir chez nous, sous la bannière Wild Side – avec une bande-annonce qui spoilera probablement sans ménagement ce twist que je me suis échiné à vous préserver (sic).

We are what we are

– Europa Report de Sebastian Cordero :

Une mission est envoyée vers Europe, lune de Jupiter, suite à la découverte de traces d’eau liquide sous la surface. Le voyage ne se déroule (évidemment) pas comme prévu et leurs découvertes sur la Lune glacée vont bien au-delà de simples micro-organismes unicellulaires…

Le found-footage, genre popularisé (1) et codifié par Le Projet Blair Witch, avait le vent en poupe à l’Etrange Festival cette année avec pas moins de 4 représentants, dont cet Europa Report. A propos de ce genre, j’ai toujours pensé, et je continue de penser , qu’il peut être utilisé de manière intelligente pour créer un discours – The Bay, avec sa multiplicité de sources, donc de points de vues, traitait de la véracité qu’on accorde aux images, de l’aspect viral de la vidéo sur Internet (tout en tenant un discours écolo assez féroce) – ou de composer avec les limites d’un budget – Paranormal Activity ou Blair Witch sont tous deux des films fauchés qui utilisent ce dispositif pour suggérer (c’est moins cher) que montrer l’horreur des situations. Aussi, le choix de tourner une histoire de cette façon permet, lorsque c’est réussi, de donner un sentiment de réalité beaucoup plus fort qu’avec une mise-en-scène « classique ». Attention, je ne dis pas que le found-footage est plus crédible qu’un film d’horreur classique ni qu’il fonctionne mieux – les artifices de cinéma sont tout aussi efficaces quand il s’agit de faire peur – mais que cette façon de filmer renforce, dans mon cas, la suspension d’incrédulité du spectateur et donne aux images une authenticité qui permet une meilleure identification : on suit des personnages dans des quotidiens similaires aux nôtres, ils parlent de tout et de rien sans véritables dialogues « écrits », les scènes se déroulent dans des environnements familiers, quotidiens…(2) Bref, le found-footage peut être, à mon sens, un excellent « truc » de mise-en-scène pour illustrer des histoires de maison hantée, de possession… quand il est intelligemment utilisé ou de manière originale. Arrive le cas Europa Report. Je ne m’étalerai pas sur ce dernier puisqu’il n’est qu’un found-footage de plus, paresseux et ne remplissant aucun des deux objectifs cités ci-dessus : il ne crée aucun discours via le dispositif, pas plus qu’il ne compense une quelconque limitation budgétaire. Pire, c’est typiquement le genre de film qui aurait gagné à avoir une mise-en-scène « classique » pour créer une vraie atmosphère et une impression de confinement plus angoissante : l’espace restreint de la navette spatiale étant un environnement idéal pour les suspenses paranos et claustros. Un ratage complet, opportuniste dans son utilisation du found-footage, au propos humaniste très consensuel et surtout, au déroulement incroyablement prévisible.

– L’Autre Monde de Richard Stanley (hors-compétition) :

Un documentaire sur le «Triangle des Bermudes français »,  dont les pointes seraient Monségur, Rennes-le-Château et Bugarach. Au programme : légendes cathares, illuminés sous psychotropes, réincarnations et énergies telluriques…

Le film de Richard Stanley me pose problème. J’ai beaucoup apprécié L’Autre Monde en cours de projection mais je suis à présent partagé sur les intentions de son réalisateur. En effet, Stanley présente des personnes visiblement atteintes de troubles psychologiques forts (mythomanie, mégalomanie, complexe d’infériorité, faiblesse mentale…) qui expliquent de manière rationnelle leur folie et leurs visions, mais il le fait tout en adhérant (ou en faisant semblant)  à leur délire : il raconte ainsi, face caméra, comment il a vécu une expérience mystique dans le château cathare de Monségur, expérience qu’il reconstitue à la fin du film dans un faux-found-footage pas très réussi. Malgré cette adhésion – il est accompagné d’une médium américaine visiblement acquise à la cause cathare – sa mise-en-scène révèle une certaine distance voire un amusement, jamais moqueur toutefois, de ses excentriques sujets : il n’hésitera pas révéler l’absurdité de certaines situations par la répétition – le « sorcier » Uranie accroche un jouet d’enfant en guise de talisman, jouet qui tombe, Uranie raccroche, le jouet retombe, etc. – ou par le simple filmage de certaines pratiques – Uranie, encore lui, qui trace des lignes sur une carte dont il est le seul à comprendre la signification mystique, pourtant évidente à ses yeux. L’Autre Monde ressemble à un épisode de Striptease sous LSD où le délire envahit les images via des effets woodstockesques, digne d’un clip de Jefferson Airplane. Passionnant pour son discours sur la folie, dérangeant dans l’ambiguïté de ses intentions, le film de Stanley aurait mérité sa place dans la sélection officielle, en tant que compétiteur sérieux pour le Prix Nouveau Genre (finalement donné à The Major de Yury Bykov, que je n’ai pas vu).

– Confession of Murder de Jeong Byeong-gil :

Au moment où la prescription pour une série de crimes vieux de 15 ans entre en vigueur, un parent des victimes se suicide devant l’enquêteur principal, Choi Hyeong-gu. Puis, un livre est publié en grandes pompes dans lequel l’auteur revendique les meurtres, déclenchant un tourbillon médiatique et relançant Hyeong-gu sur les traces du tueur…

Après une séquence d’introduction de course-poursuite efficace entre le tueur et le flic – la référence à The Chaser est évidente – le film se vautre dans un humour loufoque pas très maîtrisé (ni très drôle) et une frénésie de twists qui lassent plus qu’ils ne laissent sur le carreau. Restent une (autre) séquence de course-poursuite se déroulant SUR les toits de plusieurs voitures et un ultime retournement de situation inattendu, venant légitimer un point de départ brinquebalant et incohérent : le personnage qui revendique les meurtres a l’air d’avoir une petite vingtaine d’années, ce qui lui donnerait dix-douze ans au moment des faits ! – sans que cela ne soulève la suspicion des autres personnages. Vérification faite, l’acteur incarnant  ce (faux-)tueur a bel et bien 36 ans ! Au final, les références aux chefs-d’œuvres que sont The Chaser et Old Boy desservent le premier long de Byeong-gil, plaçant des attentes démesurées pour le spectateur : force est de constater que Confession of Murder n’a pas la maestria visuelle des ces deux illustres représentants du polar coréen ni leur profondeur narrative et émotionnelle. Un sympathique film, tout au plus.

Franchement, vous lui donnez plus de 30 balais ? (au milieu de l'image)

– The Resurrection of a Bastard de Guido Van Driel :

Deux (et non trois, comme précisé dans le guide du festival (3)) récits convergents : un gangster ayant survécu à une attaque se rend dans les Frises (campagne néerlandaise) dans le but de retrouver le coupable ; un jeune immigré africain travaille dans une ferme des Frises, éprouvant des difficultés à s’intégrer…

Premier film de Guido Van Driel, dessinateur de BD de son état, ce Resurrection… cumule toutes les tares du premier long : rythme hésitant, caractérisation appuyée, mise-en-scène manquant de personnalité… On sent la patte « dessinée » de Van Driel dans plusieurs plans très picturaux et dans son sens évident des couleurs qui fait baigner le film dans une ambiance tantôt terriblement réelle tantôt aux limites du fantastiques – sans jamais basculer complètement. L’exercice des récits convergents, surtout au cinéma, est difficile et risqué : le rythme souffreteux vient d’ailleurs de cette construction, les deux récits ne sa valant absolument en termes de tension ou d’intérêt événementiel. Si ma préférence personnelle va au gangster, l’histoire du jeune immigré aurait méritée un film à part entière tant elle est déconnectée du reste de l’univers de ce film et développe des idées très intéressantes sur la culture chamanique et l’intégration culturelle des immigrés dans un pays qui n’est pas le leur. Je me demande encore pour quelle raison ces deux récits sont liés dans le film, si ce n’est pour un personnage complètement secondaire. The Resurrection… n’est pas un mauvais film, malgré mon constat un tantinet lapidaire, seulement, il est à la limite du hors de propos dans la sélection de l’Étrange Festival : il n’appartient à aucun « genre », pas plus qu’il n’est expérimental ou « étrange » de quelque façon que ce soit… Bizarre.

– V/H/S/2 de Simon Barrett, Adam Wingard, Eduardo Sanchez & Gregg Hale, Gareth Evans & Timo Tjahjanto et Jason Eisener :

Anthologie de cinq courts, variée et vénère. Un film de fantômes, un film de zombies, un faux-reportage sur une secte, un film d’invasion alien et un fil rouge où l’on suit deux enquêteurs privés tombant sur la collection de VHS dans une maison en apparence abandonnée…

Je vous ai déjà dit tout mon amour pour le dernier film d’Adam Wingard, You’re Next, et le revoilà dans l’omnibus V/H/S/2 avec un court plutôt efficace même s’il se repose un peu trop sur les jump-scare pour faire véritablement peur. Le concept de cette anthologie est le même que pour le premier épisode : un fil rouge sur des personnages découvrant une collection de ces inusables VHS et quatre courts correspondant à l’une d’elles. Une grande qualité de cette franchise est de toujours trouver le « truc », l’excuse qui va légitimer de manière crédible le filmage des événements : chez le duo Sanchez/Hale, c’est un cycliste avec une caméra vissée à son casque, chez Evans/Tjahjanto, il s’agit d’une équipe de tournage avec des caméras-boutons accrochées à leur chemise, et last but not least, chez Wingard, le « personnage-filmeur » a un œil bionique enregistrant tout ce qu’il voit ! Si bien qu’à aucun moment, on ne se pose l’inévitable question du « pourquoi il continue de filmer ce couillon ?! », venant régulièrement ruiner l’intérêt d’un found-footage lambda. En tant que film à sketches, ce V/H/S/2 n’évite malheureusement pas l’écueil principal du genre, l’inégalité : le film de zombies champêtre par Sanchez/Hale est à la limite du ridicule (surtout l’épilogue), le fil rouge tourné par Simon Barrett est beaucoup trop classique et prévisible pour susciter un quelconque intérêt et le film d’aliens d’Eisener est finalement assez confus. Si j’ai mis une note aussi haute sur SensCritique (9/10), c’est principalement pour le pivot de cette anthologie, d’ailleurs placé au milieu du film, réalisé par Gareth Evans et Timo Tjahjanto, Safe Haven. En Indonésie, une équipe documentaire veut filmer une secte de l’intérieur, ayant entendu des rumeurs au sujet du gourou, un petit homme étrange persuadé de pouvoir ouvrir les portes du « Paradis ». Notez la présence des guillemets : vous vous doutez bien, pour l’intérêt de cette histoire, que ce ne sera pas Saint-Pierre et ses angelots qui franchiront le seuil de cette porte. A partir de ce point de départ un peu bateau, Evans et Tjahjanto y vont franchement dans l’horreur full-frontal, brutale et sans concession : suicide collectif, exécution sommaire, accouchement douloureux, explosion corporelle… Un programme dérangeant et percutant, à l’image de la violence de The Raid du même Gareth Evans. Pour résumer, le court donne l’impression de regarder l’Enfer se déchaîner à travers le trou de serrure de cette Porte n’ouvrant pas exactement sur le Paradis. Le rythme ne faiblit jamais, les visions d’horreur s’enchaînent au fur et à mesure que les personnages se font décimer, dans des séquences évoquant non pas une violence de cinéma, mais une réalité bien plus dramatique, l’Indonésie et son passé dictatorial, la répression militaire et le massacre, tout à fait réel, des membres du Parti Communiste en 1965 par la junte militaire. Le film fait froid dans le dos sur ce point précis, tout en étant un rollercoaster horrifique très efficace. S’il ne fallait en voir qu’un seul…

Safe Haven - Une vue très "FPS"...

– The Station de Marvin Kren :

Une station scientifique dans les Alpes. Après la découverte d’un liquide rougeâtre maculant un glacier des alentours, les scientifiques sont attaqués par des créatures hybrides…

Une série B comme on les aime, solide et pas prise de tête. Un pitch de départ à la The Thing, un rythme soutenu, des personnages sympas (mais pas très profonds) et une mise-en-scène efficace : bref, la recette idéale d’un film qui ne vole pas très haut mais qui, au moins, ne pète pas plus haut que son cul. Je regrette seulement que la dimension psychologique de son illustre aîné ne soit pas de la partie : ici, les monstres n’imitent pas l’apparence d’autres organismes, ils fusionnent plusieurs espèces entre elles, les rendant hyper agressives. Mention spéciale tout de même au personnage du Ministre de la Santé (je crois), une mamie de soixante balais bien nerveuse qui massacre un bouquetin mutant avec une perceuse à roche ! Et un film qui fait de son climax émotionnel la mort du chien du héros ne peut avoir mauvais fond.

– Omnivores de Oscar Rojo :

Un critique gastronomique est engage pour enquêter sur les restaurants clandestins. Au fil de ses investigations, il découvre un restaurant proposant de la viande humaine…

Inutile de s’attarder longuement sur celui-là, tant sa bêtise, son premier degré insipide et sa piètre facture le placent dans la catégorie « navet-insupportable-même-pas-drôle-à-regarder ». L’interprétation est fluctuante, la mise-en-scène absente et surtout, les personnages sont des enveloppes sans âme, incarnés par des acteurs lisses, probablement des modèles à temps partiel pour les pubs Wall Street English. Beurk.

– Contracted d’Eric England :

Après un rapport non-protégé avec un inconnu, Samantha, la petite vingtaine, pense être victime d’une MST un tantinet virulente. Rapidement, les symptômes empirent, tendant vers quelque chose de plus… étrange.

Encore un film à twist qu’il est nécessaire de ne pas dévoiler dans cette critique, même si les habitués du genre verront tout de suite vers quoi cette histoire de MST un peu crade se dirige inévitablement. Le film d’England se concentre ainsi sur la lente, mais inéluctable, détérioration de son personnage principal, liant son corps à son environnement : à mesure que ce dernier lâche – perte de sang conséquente, yeux qui jaunissent, dents qui tombent… – les personnes de l’entourage de Samantha vont la laisser tomber, s’en éloigner (voire essayer de la tuer). Ce lien fait de Contracted une fable tordue sur l’exclusion, sociale et émotionnelle, qui présente une galerie de personnages tantôt haïssables tantôt pathétiques mais tous communément aveugles au pourrissement physique de Samantha : ils sont tous absorbés par eux-même (la mère est une bigote persuadée que sa fille se drogue, sa copine est une lesbienne-hipster se définissant à contre-courant du monde entier, un autre est amoureux d’elle et incapable de voir la réalité sous son nez…), ne prenant jamais en compte l’état alarmant de Samantha et préférant y voir un reflet tordu d’eux-mêmes. Le film d’England rappelle furieusement un autre film d’horreur indépendant sur le même thème, May de Lucky McKee, sans jamais y faire une référence directe. C’est d’ailleurs là l’une des grandes qualités du film : il est absolument vide de tout aspect référentiel à un autre film, de toute citation tarantinesque qui gangrène les films d’horreur de jeunes réalisateurs aujourd’hui – une façon de masquer leur inexpérience ou leur manque flagrant d’idées originales (Hobo with a shotgun, à tout hasard). England filme de manière très naturaliste des scènes criantes de vérité (la soirée un peu glauque du début, les engueulades de couples…) et si tout va bien, on devrait revoir dans d’autres productions la superbe – du moins au début du film – Najarra Townsend qui interprète Samantha, tant tout le film repose sur ses épaules (tout comme Angela Bettis dans May). Malheureusement, ce Contracted n’a aucun date de sortie sur notre territoire – ni en salles ni en vidéo – et est introuvable par des voies… détournées. Il n’y a plus qu’à espérer que le prochain film d’Eric England remporte un peu de succès pour voir cette péloche ressortir un jour…

Contracted - Najarra Townsend

– Haunter  de Vincenzo Natali (clôture – hors-compétition) :

Lisa, adolescente des années 80, revit sans cesse le même jour sans comprendre pourquoi. Rapidement, la répétition métronomique de son quotidien déraille et des apparitions plus ou moins spectrales semblent hanter sa maison… 

Sorte de croisement maladroit entre deux chefs d’œuvres inaltérables, soit Un jour sans fin d’Harold Ramis et Les Autres d’Alejandro Amenabar, le nouveau de Vincenzo Natali (l’excellent Splice) souffre du syndrome de la fausse-bonne idée. Ou de la bonne idée mal exploitée, au choix (verre à moitié, à moitié plein, tout ça, tout ça…). Rythme neurasthénique, personnages clichés, rebondissements attendus : tout dans le film semble conspirer contre celui-ci et concourt à ruiner méticuleusement une idée de départ au demeurant intéressante. Toutefois, je trouve que l’aspect répétitif inhérent au concept à la « jour de la marmotte » se prête assez mal à un film d’horreur, les mécanismes de la peur reposant sur des composantes inattendues, surprenantes : nous montrer sans cesse la même journée avec des variations mineures tue à petit feu le potentiel effrayant de l’histoire. Il faut aussi prendre en compte dans ma déception pour ce film un élément extérieur : comme pour d’autres films chroniqués ici, le pitch du guide spoile un rebondissement qui, s’il est clairement annoncé dans la première image, aurait dû rester secret : ce rebondissement intervient précisément à la moitié du parcours, dans le but de relancer une intrigue s’enlisant peu à peu dans son propre concept. Comptez sur Wild Side, encore lui, pour vous dévoiler ce rebondissement dans la bande-annonce lors de la sortie, imminente, du film ! Vous voilà prévenus.

Rendez-vous l’année prochaine pour un autre compte-rendu de l’Étrange Festival, au cours duquel je tâcherai de voir tous les films de la compétition ! D’ici là, restez à l’affût pour des films sortant des sentiers battus (The Lords of Salem devrait avoir sa critique sous peu) et des expériences autres !

(1) On trouve des films de ce genre bien avant le Projet… même si le nom found-footage est apparu des suites du succès du film de Daniel Myrick et Eduardo Sanchez : par exemple, Punishment Park de Peter Watkins ou l’infâme Cannibal Holocaust de Ruggero Deodatto sont considérés comme du found-footage.

(2) Je n’ignore pas non plus l’aspect lassant et souvent chiant de ces caractéristiques, de même qu’une certaine facilité dans une suggestion souvent trop suggérée (notamment dans les Paranormal Activity), qui sont les principaux défauts de ce genre.

(3) Ce guide recèle de nombreuses erreurs et approximations dans le résumé des films – quand ce ne sont pas des références à d’autres films complètement hors de propos ou des spoilers insensés tuant l’intérêt du spectateur pour un film…

Publicités

2 réflexions au sujet de « L’Étrange Festival 2013 – XIXème édition »

    • Oui, pour l’exploitation en salles, c’était « Valhalla Rising – Le Guerrier Silencieux ». Et ils ont changé en « Le Guerrier des ténèbres » pour la sortie en vidéo…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s