Stranded

strandedEcrire une critique à chaud n’est jamais une bonne idée, tout bon rédacteur vous le dira. Trop d’animosité gratuite ou trop d’enthousiasme béat, pas assez de recul sur l’œuvre ni d’approfondissement des idées. Ecrire une critique schizo l’est encore moins. Pas d’avis tranché, on laisse le lecteur dans l’expectative d’un verdict qui n’adviendra jamais, rendant le texte sans saveur ni intérêt. L’alliance des deux dans cet article promet alors un grand moment de littérature.

En réalité, Stranded ne me laisse pas vraiment le choix. Il faut que j’écrive cette critique « à chaud », quelques minutes après l’avoir bouclé, pour en parler une bonne fois pour toutes, car sinon je ne le ferai jamais. Et cet article doit être « schizo » car je ne vois pas d’autre façon d’en parler objectivement. Faiblesse, manque de talent ou d’inspiration ? se demanderont certains. Ma réponse : je ne sais pas et à dire vrai, je m’en tape.

Pour commencer, mon avis général sur le jeu, en quelques mots : Stranded n’est pas un mauvais jeu. Gardez cette réflexion sous le coude, on y reviendra plus tard.

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L’ART (DELICAT) DE LA VARIATION
Un jeu, vidéo ou non, est répétitif en soi. Je ne connais pas un seul jeu qui n’échappe à cet état de fait : une fois les systèmes assimilés, il ne nous reste plus qu’à les appliquer pendant toute la durée de la partie. Certains systèmes sont tellement complexes qu’il faut plusieurs heures, voire plusieurs parties pour les comprendre et les utiliser à bon escient ; d’autres sont simplissimes à l’usage et c’est le contenu du jeu qui se charge de nous accrocher (difficulté, quantité de niveaux, histoire…). Le plaisir de jouer naît alors entre notre satisfaction d’appréhender progressivement ces systèmes, de les maîtriser et de ce que le contenu de jeu propose pour nous mettre à l’épreuve. Dans le jeu-vidéo, certains titres sont des expériences interactivement limitées, donc très répétitives d’un point de vue du gameplay, mais qui maîtrisent à merveille la narration et/ou l’art subtil de la variation : les récents First Person Walker comme The Stanley Parable, par exemple.

Stranded n’a rien de plaisant. Stranded n’est rien de tout ça. Dès les premières secondes, on se heurte violemment à son gameplay mal branlé. Le jeu se déroule dans des écrans fixes et, comme dans un point’n’click lambda, il faut cliquer sur les bords de l’image pour changer d’écran – rien de choquant là-dedans. Simulation : je clique sur le bord de l’image, mon personnage se déplace – leeeentement – vers sa destination et s’arrête inexplicablement à quelques centimètres de l’endroit où j’ai cliqué. Il ne bougera pas d’un pixel tant que je n’aurai pas cliqué une seconde fois pour valider mon déplacement. Cela reste valable pour la totalité des écrans de jeu (environ 15) et vous vous rendrez compte avec horreur qu’il est impossible de « skipper » ces déplacements dans les écrans déjà visités. Il. Faudra. Donc. Se. Taper. Chaque. Ecran. A. La. Vitesse. D’un. Escargot. Neura. Sthénique. Incapable. De. Terminer. Un. Déplacement. En. Entier. A. Chaque. Fois. Jusqu’à. La. Fin. Du. Jeu. De la même façon que cette phrase a été un supplice intellectuel lors de sa lecture, je vous laisse imaginer l’état de frustration dans lequel j’étais lorsque je me suis rendu compte qu’il était en plus impossible d’annuler un mouvement entamé. Une fois que vous avez cliqué, il faut attendre que votre spationaute ait terminé son déplacement avant de pouvoir recliquer et devoir de nouveau attendre qu’il ait terminé son déplacement en sens inverse. URGH.

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SPACE CALAMITY
Maintenant qu’il a été établi que les déplacements sont une plaie, on peut espérer que le jeu se rattrape sur les énigmes ou son histoire, en bon point’n’click qu’il semble être. Sauf que non. Il n’y a pas d’énigmes. Stranded est l’équivalent 2D de Dear Esther : le joueur est forcé de suivre un rail narratif, sans possibilité d’interagir avec quoi que ce soit ou de résoudre la moindre énigme pour passer le temps. J’ai eu, l’espace de quelques secondes, l’illusion que Stranded allait me demander de traduire un alphabet alien pour en voir le bout mais que nenni, on se borne à aller d’un écran à l’autre, attendre qu’un truc se passe, retourner à sa navette, dormir et répéter l’opération jusqu’à ce que la conclusion nous délivre enfin de ce cycle infernal de non-interaction. L’histoire alors ? Sa narration ? Niet. Nada. Que d’chie. Peau d’zob. Stranded ne raconte rien, s’en complaît et vous balance sa conclusion complètement naze (et attendue) au bout de vingt minutes. Un magnifique exemple de ce que la production indépendante peut proposer en matière de discours auteurisant chiant, boursouflé d’auto-suffisance et d’une prétention abyssale : passez votre chemin, Stranded n’est au final qu’une arnaque intellectuelle de plus, à ranger aux côtés de Dear Esther ou Mothhead.

Arrivé à ce moment de la critique, celui où je passe en mode schizo et que je vous vend Stranded comme une expérience hors du commun, je n’ai même plus la force ni l’envie de le défendre. J’aurai pu parler des graphiques plutôt chouettes, de la musique planante et du design général assez sympa, mais Stranded m’a gonflé. Il n’avait qu’à pas se la péter genre « Han, je suis mystérieux, je suis cryptique, décodez-moi, je suis profond ». Tant pis pour lui. Vous vous souvenez que j’ai dit que « Stranded n’était pas un mauvais jeu » ? Oui ? Et bien, c’est simplement parce qu’il n’est pas un jeu, il n’est rien, une coquille vide sans le moindre intérêt. Même pour Bernard L’Hermite, ce fameux squatteur aquatique.

Je ne peux que vous conseiller de rester éloigné de cette production qui se prend pour une parabole profonde sur [insérer un thème ici] et qui se révèle être une sacrée perte de temps (et d’argent). Gratuit, en Flash, sur le Web : pourquoi pas. Payant (même à petit prix) et sur Steam : certainement pas !

Anecdote amusante pour terminer : après l’écran final, le jeu vous demande « Voulez-vous recommencer ? ». Naïvement, j’ai cliqué « Oui » avec le maigre espoir que cette nouvelle partie serait différente. C’est alors que mon PC a surchauffé, planté et s’est éteint. Signe du destin ? Est-ce que l’Univers a tenté de me dire « Non, c’est pas la peine, mec, va faire un tour dehors, il fait beau » ? Je n’en sais rien et je ne relancerai certainement pas Stranded pour le découvrir.

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Une réflexion au sujet de « Stranded »

  1. Ton PC n’a pas davantage supporté, donc ^^

    Merci pour la critique, ce titre me faisait de l’oeil. Je passerai mon chemin. Direction : Monaco.

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