Super Game Jam

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(À film épisodique, critique épisodique. Chaque mois, après la sortie d’un nouveau chapitre de Super Game Jam, ce texte se verra enrichi d’un ou plusieurs paragraphes commentant cette récente addition au projet.)

Super Game Jam est une série de 5 courts-métrages documentaires de Bram Ruiter et Daniel Oliveira Carneiro dont chaque épisode met en scène deux développeurs indépendants au cours d’une mini-game jam, organisée à l’occasion du tournage. L’objectif du documentaire est de capter « le processus créatif, la technicité et les amitiés qui se forment au cours d’une game jam et ce, à un niveau intime ». Rappel : une game jam est un concours en temps limité – ici, 48 heures – où les participants réalisent un jeu sur un thème imposé.

EPISODE 1
Pour ce premier épisode, le thème choisi : « Breakup » (rupture). Les participants : Richard Boeser et Jan Willem Nijman.

Nijman est le fifty-percent créatif de Vlambeer (studio indépendant très très tendance, cf ma critique un peu trop extensive de leur Nuclear Throne), chargé de la conception de la plupart des jeux du studio, laissant la partie « business » à son compadre Rami Ismail. Nijman a la réputation d’être quelqu’un de très impulsif, un poil borné et sa relation avec Ismail est connue pour être orageuse (les deux hommes ne cachent pas leurs engueulades régulières au sien du studio). Richard Boeser est un peu moins connu, même du public du jeu-vidéo indépendant (i.e. de moi, par exemple) : son seul fait d’armes à ce jour est ibb & obb, un jeu de plateforme-puzzle coopératif, qui vient d’ailleurs de sortir sur Steam.

Afin de capter cette relation naissante, la game-jam se déroule au calme, chez NIjman. On est donc loin des Global Game-Jam rassemblant des centaines de participants et du stress inhérent à toute compétition, aussi amicale soit-elle. Le but n’est toujours pas de créer un jeu à tout prix, mais un prototype fonctionnel, un embryon de jeu qui pourra mener à un projet plus abouti. En ce sens, s’il est passionnant et excitant de suivre la création de Navigator (le jeu de Nijman/Boeser), ce dernier est relativement décevant, ludiquement parlant, car trop limité.

Boeser à gauche, Nijman à droite et entre les deux, Navigator.

L’intérêt du documentaire n’est évidemment pas dans ce prototype mais dans la façon dont il a été conçu. Il est ainsi intéressant de voir que, conformément à leurs réputations, Nijman se révèle aussi impulsif et têtu que Boeser est en retrait et posé : Nijman impose plus ou moins sa volonté de faire un jeu de course, quel que soit le thème de la game-jam, ce à quoi Boeser tente de résister dans un premier temps, avant de céder une fois un compromis atteint. On sent bien que Nijman, très sûr de lui, possède l’expérience nécessaire pour réaliser leur objectif en temps limité (la plupart des jeux Vlambeer sont à l’origine des prototypes développés au cours de game-jam) et que Boeser, novice en la matière, se laisse porter par l’énergie du Hollandais.

Le film est aussi très stimulant pour quiconque souhaite s’essayer à la création de jeux, puisqu’il s’apparente à une leçon de game-design en accéléré : on commence avec une courte phase de réflexion sur le thème, puis vient l’évacuation des problématiques – Boeser ne veut pas faire de jeu narratif ni s’inspirer de son vécu – avant de passer à un accord commun sur le jeu à produire (un jeu de course où il faut garder son copilote pour marquer des points, chaque choc augmentant le risque de l’éjecter de la voiture). Les deux hommes se répartissent le travail, Nijman s’occupe du game-design et Boeser de tout ce qui a trait à l’aspect graphique : sprites, interface, décors… La facilité et l’aisance  (apparentes) dont ils font preuve sont également des éléments à même de motiver ceux qui serait curieux de se lancer dans cette activité étrange qu’est la création de jeux-vidéo. Toutefois, le documentaire ne dit pas si Nijman et Boeser vont dorénavant travailler ensemble, afin de donner corps à ce projet de jeu de course/love story qu’ils avaient en tête pour cette game-jamNavigator ne laisse qu’entrevoir cette jolie idée sans la concrétiser complètement…

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« Co-Pilots », titre provisoire de « Navigator »

Un premier épisode qui augure du très bon pour la suite, le concept étant passionnant pour tous ceux qui, comme moi, s’intéresse à l’envers des jeux-vidéo. Les autres seront moins convaincus, le film n’ayant pas l’aspect émotionnel du très bon Indie Game – The Movie. Toutefois, l’aspect visuel de SGJ est beaucoup moins maniéré et « Sundance-like » que ce dernier, ce qui est un très bon point à mes yeux. Par contre, j’ai comme la désagréable impression que Devolver Digital, producteur de SGJ et l’éditeur indépendant number one, s’est payé une énorme campagne de pub pour ses poulains via cette série de films :  Devolver a édité le LUFTRAUSERS de Vlambeer, et on retrouvera dans un prochain épisode l’un des créateurs de Hotline Miami, Jonatan Soderstrom, titre qui a mis Devolver sur le devant de la scène. Des éléments de réponses avec les épisodes suivants ? On verra ça dans les mois qui viennent.

A vous de voir si vous voulez craquer maintenant ou attendre que les cinq épisodes et jeux soient disponibles d’ici Septembre – dans les deux cas, les 15€ demandés n’ont rien d’excessif et sont même étonnamment bon marché pour un produit comme celui-ci. Attention pour les non-anglophones, il n’existe, pour le moment, aucune piste de sous-titres en français, ni même en anglais.

À suivre au prochain épisode !

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